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SPIP : Bienvenue à bord

 
Date de publication : 9 mai 2005 par Jean-Marie Le Yaouanc

Cet article écrit par Fil (un des concepteurs de SPIP) en 2004 introduit le livre de Perline sur ce fameux logiciel.

SPIP Mania !

Attention. Avant que vous ne plongiez dans ce livre, une précaution s’impose : sachez que, pour beaucoup de « spipeurs », ce logiciel est devenu une véritable drogue dure. On vit SPIP, on mange SPIP, on rêve SPIP ; on croise dans le train des gens qui nous parlent de SPIP ; on voit même - horresco referens -, des sites sous SPIP à la télévision [1] ! Méfiance, donc : on croit démarrer les choses tout doucement, en installant le logiciel sur son site, puis on se promène dans l’espace privé, on inscrit quelques textes, on visualise le tout et... les ennuis commencent.

D’abord, premier choc, le résultat obtenu n’est pas très beau. Comment font les autres ? On court les voir, on observe leurs sites [http://www.spip.net/fr_article884.html.' >2] : certains sont moches, d’autres plutôt astucieux, d’autres encore très élégants. Il y a là des sites parlant de politique, de poésie, de mathématiques, d’histoire, d’autres encore de lutte contre le sida, de mytiliculture...

La fameuse Courbe d’Apprentissage

On revient alors à son projet : que dois-je faire pour avoir un « beau site » sous SPIP, un site qui corresponde à mes besoins et à mes goûts ? On découvre à ce moment-là une documentation en ligne traduite en une quinzaine de langues ; des sites de « contributions » proposant des squelettes* prêts à l’emploi et des astuces en tout genre ; des listes de discussion où l’on peut trouver de l’aide et des idées ; des ateliers à Montpellier, en Bretagne, à Belgrade, et même à Paris. De fil [3] en aiguille, la semaine s’est écoulée, passionnante, éreintante, enrichissante, et frustrante.

Pour réussir un beau site sous SPIP, il faut, comme avec presque tous les logiciels, en comprendre les principes de fonctionnement ; ceux-ci sont assez simples au début, car une des particularités de SPIP, c’est d’offrir une « courbe d’apprentissage » très progressive. Quel que soit son niveau de départ, avec SPIP on goûte le plaisir de publier tout de suite sur le Web. Et pour peaufiner le résultat, bricoler un site plus personnalisé, on peut trouver de l’aide sur différents sites, des idées pour avancer, des astuces, etc.

Des millions de dollars

Bien entendu, SPIP ne s’est pas fait en un jour. La somme des connaissances que se partagent ses utilisateurs est le fruit de jours et de nuits de réflexion, d’essais, de plantages, de litres de café engloutis et de montagnes de cartouches de clopes, chez beaucoup de gens ; au-delà des développeurs du programme, citons, entre mille, les traducteurs - à l’heure où j’écris ces lignes, SPIP est officiellement livré avec 19 langues [4]-, mais aussi tous ceux qui, confrontés à un besoin ou à un bogue, ont pris la peine de l’expliquer, voire de le résoudre, et finalement de « remettre au pot » le résultat de leur travail.

Si, par jeu, nous appliquons à ce « patrimoine collectif » les outils de mesure du travail contenu dans un code informatique, nous découvrons que SPIP représente environ 35 000 lignes de code. Ce qui correspond à 100 mois de travail (répartis, certes, entre plusieurs programmeurs) pour un total de 1 122 861 dollars [5]. En ajoutant à ce total les fichiers de langue contenant les traductions du logiciel, on atteint le chiffre faramineux de 4 815 808 dollars ! Et encore ce chiffre n’est-il censé représenter que le code de SPIP ; il ne prend pas en compte la documentation, les contributions extérieures, et j’en passe.

Ces chiffres sont fictifs et hors de propos : tous les développeurs, traducteurs, et autres contributeurs mettent le produit de leur travail à la disposition de tous, gratuitement. Mais ils signalent que SPIP est devenu au fil du temps un gros projet, alimenté en idées, en code et en documentation par toute une « communauté ». Cela ne va pas sans un peu d’organisation de ladite communauté.

La « communauté SPIP »

Mais qu’est-ce au juste que cette « communauté » ? C’est aujourd’hui un foisonnement d’initiatives - qui vont des sites proposant des outils ou des compléments aux sessions de formation, en passant par les projets qui se construisent à partir de SPIP, comme « BioSPIP », « EVA », « spipaide », etc.

Plus largement, la « communauté » pourrait être définie comme l’ensemble de tous les gens qui passent, de temps en temps, dans l’espace privé d’un site SPIP. Qu’il s’agisse de leur site personnel, d’un Webzine auquel ils participent, du site de leur société ou de leur association.

Perline, l’auteure du livre que vous tenez entre les mains - dont on peut regretter qu’il ne soit pas sous licence « libre » -, incarne selon moi le meilleur de cette communauté. Ayant eu, dit-elle, « un coup de foudre » pour SPIP dès sa sortie, la 1er juillet 2001, elle a, entre autres activités, monté le premier d’une longue série de sites de campagne électorale [6] sous SPIP, et animé, en novembre 2003, le débat « SPIP et les mouvements sociaux » du MétallosMédialab, à l’occasion du Forum social européen de Paris - Saint-Denis.

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Café
Source lagrange.net

« Organiser » cette communauté, ce n’est pas s’arroger des droits sur des milliers d’utilisateurs, ni leur fixer des règles. C’est, à l’inverse, proposer à ceux qui désirent coopérer des espaces de discussion, d’échange, des points d’information, ainsi que des habitudes de communication qui fassent de ces endroits communs des lieux aussi chaleureux, ouverts et constructifs que possible.

Quelques adresses essentielles sont données dans l’annexe de ce livre. Si vous poussez la curiosité (ou l’inconscience) jusqu’à ces endroits, ne soyez pas rebutés par le ton parfois tranchant des messages échangés (certains se préoccupent plus du fond que de la forme), mais attachez-vous à regarder la circulation des informations : celle de l’échange, gratuit et désintéressé, entre des personnes qui souvent ne se connaissent pas, mais qui visiblement partagent au moins cette valeur...

A la source, le choix de la licence publique générale (GNU-GPL), qui fait de SPIP un logiciel libre, à l’instar de GNU/Linux, d’Apache, de \TeX et de tous les autres. Cette licence autorise chacun à utiliser SPIP pour n’importe quel type de projet ; à le modifier selon ses propres besoins ; et à redistribuer les modifications à d’autres personnes. La seule obligation, impérative, c’est d’accorder, en cas de redistribution du programme, les mêmes droits (et la même licence) au destinataire.

Pour prendre un exemple, une société de services est autorisée à télécharger SPIP et à le modifier pour remplir un besoin particulier - et même à le vendre, ainsi modifié, à son client. Mais elle ne peut pas exiger de son client qu’il ne reverse pas les modifications à « la communauté ». Elle tomberait alors sous le coup d’une infraction au Code de la propriété intellectuelle ! Ces mêmes lois, qui permettent aux majors du disque et du cinéma de menacer de prison et d’importantes amendes les adeptes des échanges de fichiers, sont ici utilisées dans le seul but de maximiser les échanges et de garantir les libertés des utilisateurs.

Conçue par l’informaticien américain Richard Stallman, la licence GNU-GPL est, au fond, un hack, une astuce juridique géniale et subversive. Dans le cas de SPIP, elle fonctionne, puisque plusieurs « grosses pointures » utilisant ce logiciel ne se cachent plus et reversent, bon gré mal gré, leurs développements. C’est sans doute là que réside la subversion du logiciel libre : réussir à faire produire, par des gens qui n’en ont cure, du bien public. Ces considérations ne doivent toutefois pas masquer le fait que la meilleure part des enrichissements de SPIP sont apportés dans une démarche réellement coopérative ; c’est avant tout dans cette ambiance-là que SPIP continue sa croissance, petit hobby devenu référence professionnelle.

Avant d’être le nom de ce Système de publication pour l’Internet, SPIP était le voilier préféré d’un des membres du minirézo, un groupe informel de webmestres défendant la liberté d’expression sur Internet. Bienvenue à bord.

[1] Par exemple, le site hébergeant la pétition des chercheurs, « Sauver la recherche ».

[2] Voir la liste des sites SPIP sur http://www.spip.net/fr_article884.html.

[3] NDLR : Fil, jeux de mot ?

[4] 34 à la version 1.8.1

[5] Chiffres calculés par le logiciel libre SLOCCount, de David A. Wheeler, selon la méthode COCOMO.

[6] Au vu des résultats, il n’est pas prouvé que les candidats spipeurs bénéficient d’un quelconque avantage !